Philosophie

Bazar New age et spiritualité !

Certaine grande remise en question dans la vie peuvent nous amener à nous intéresser à certaines pratiques « spirituelles » comme la méditation, le yoga, le mysticisme et les thérapies holistiques. Nous remarquons qu’elles sont largement accessibles depuis quelques années en occident à tel point qu’elles sont devenues pour certaines des phénomènes de mode auquel il ne faut pas échapper si nous voulons « rester dans le coup » ! Dès lors, certaines pratiques sont occidentalisées pour ne conserver que ce qui sera susceptible d’intéresser l’homme occidental perdu par un train de vie surchargé qui ne lui laisse plus une seconde de répit pour lui-même. La spiritualité est présentée comme une activité supplémentaire que l’individu consomme comme un autre produit du marché. Un cours de yoga est ainsi pratiqué comme une expérience spirituelle d’une heure et demi entrecoupé de deux apéros ! Puis la vie sociale reprend son cours dans nos multitudes divertissements parce qu’il serait inquiétant de se retrouver face à soi-même juste un instant. À ce sujet, nous pouvons cité le philosophe Blaise Pascal qui affirme que « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose qui est de ne pas savoir demeurer au repos dans une chambre ». En effet, selon Pascal, tout le monde est en proie au divertissement, qui consiste à la recherche désespérée d’une consolation face à la difficulté d’être soi. Le divertissement renvoie aux activités humaines futiles (recherche de la gloire ou des biens matériels) pour échapper à notre condition. Le divertissement révèle le fait que l’homme éprouve des difficultés à vivre avec lui-même, à être en paix avec ce qu’il est. Cette condition fuie, c’est précisément la mortalité et la contingence de l’existence. Face à cette crainte (Pascal n’utilise pas encore le concept d’angoisse), l’ego cherche à faire diversion.

Bref, mise à part les divertissements, la spiritualité nous semble être non pas une activité à proprement dit mais bien une relation spécifique avec soi-même et le monde sensible. Elle n’est en aucun cas une façon d’être momentanée. Au contraire, elle est un attitude constante qui accompagne tous nos gestes et toutes nos pensées et qui nous conduit inéluctablement vers une sagesse pratique Phronesis. Elle peut être une pratique dans le sens des exercices spirituels comme la méditation, la lecture, l’écriture, la contemplation, l’ascèse, une conduite guidée par des préceptes etc. Tout semble spirituel du moment où il y a un cheminement vers la connaissance de soi sans pour autant qu’il faille se tourner vers des enseignements et des pratiques de type new age ou religieux (même si les religions et la foi ont bien évidemment leurs rôles dans une quête spirituelle). À titre d’exemple, l’expérience en tant que telle peut être considérée comme spirituelle du moment où celle-ci est observée d’une manière attentive et sans jugement (ici, il faut comprendre le jugement dans le sens du blâme qui lui anéanti toute forme de connaissance de l’expérience). Toutefois, bon nombre de pratiques spirituelles nous présentent la spiritualité comme une sorte de quête du bonheur où les difficultés quotidiennes de la vie doivent être absolument écartées. Qui pourrait prétendre qu’un individu puisse échapper à la difficulté et à la souffrance ? Il ne s’agit pas de vouloir échapper aux difficultés et aux souffrances mais bien plutôt de les accepter comme des réalités inéluctables. La spiritualité est aujourd’hui un terme beaucoup trop large utilisé souvent dans un but commercial ce qui réduit toute sa dimension véritable et transcendantale.

Bref, la société occidentale nous impose un mode de vie qui ne laisse que très peu de place à la vie spirituelle alors qu’en orient elle ne fait sans aucun doute partie des moeurs chez la plupart des individus. Les prières, les offrandes, le don, le travail désintéressé sont des activités fréquentes chez les individus indiens, népalais et thailandais. Pour ces gens, il est fréquent qu’ils s’arrêtent dans la journée en stoppant leur activité professionnelle pour se receuillir, prier et déposer une offrande. Ces pratiques ne se déroulent pas uniquement dans les temples mais au coin de la rue, au pied d’un arbre, au seuil de sa porte. Toutefois, ce n’est pas une raison pour présenter l’Asie comme un oasis spirituel et zen inconditionnel. Nous avons en occident souvent une vue exagérée du spiritualisme oriental par les médias et les agences de voyages qui se chargent bien de nous « vendre » une image de l’Asie souvent biaisée. Il suffit de vivre quelques années en Asie du sud pour se rendre compte que son côté zen que l’occident véhicule est bien souvent qu’une utopie. Allez simplement acheter un ticket de train dans une gare en Inde pour vous en rendre compte !
Cet engouement pour les pratiques spirituelles en Asie facilite l’émergence d’enseignements, de workshops et de retraites de tout genre mis à disposition des voyageurs en quête de spiritualisme ou de mysticisme. Cette frénésie d’une recherche constante d’un bonheur « pseudo commercial » démontre que l’individu désire une forme de vie radicalement meilleure de celle qu’il vit quotidiennement. Il semblerait que l’être humain n’aime pas sa vie ni sa propre personne parce qu’il y aurait soit-disant toujours quelque chose de mieux à atteindre ailleurs. Nous pourrions nous demander pour quelles raisons l’individu cherche absolument à fuir sa propre réalité et celle du monde qui l’entoure ? La réalité du monde est belle et bien là et nous ne voyeons pas comment nous pourrions y échapper dans notre expérience quotidienne de la vie de même que nous ne voyons pas les raisons pour lesquelles nous devrions absolument connaître un « autre chose » alors qu’il y a tant de chose à connaître sur soi-même. Ne faudrait-il pas commencer par se connaître soi-même avant de vouloir atteindre d’autres réalités ? Cela étant, le tourisme spirituel est bel et bien une réalité et également un moyen de se faire beaucoup d’argent d’où la quantité d’offre mise à disposition des occidentaux en mal d’être. Ce qui peut parraître étonnant lorsque nous fréquentons ce milieu c’est le nombre d’enseignants occidentaux qui, une fois quelques enseignements en poche, parcourent toute l’Asie pour transmettrent ce qu’ils ont entendus et la plupart du temps pas réalisés, et gagnent ainsi leur vie sur le dos des touristes en quête de quelque chose de mieux !
Cela dit, certaines traditions de l’Asie du sud offrent des enseignements spirituels de haute qualités par des maîtres de sagesse exemplaires. La principale difficulté reste à trouver les bons enseignements et les personnes de confiance lorsque nous sommes dans une démarche de connaissance de soi.

Au cours de mes 4 années passées en Asie du sud, je suis moi-même« tombé » rapidement dans les mains de certains gurus « new age » dont j’ai mis un certain temps avant de me rendre compte que « la vérité» ne se trouvait pas chez ces individus qui se prétendaient être au-dessus de tout le monde, tout en affirmant qu’ils avaient soi-disant atteint certains niveaux de conscience – qui étaient forcément indescriptibles – et auxquelles nous étions susceptibles de les atteindre que si nous les suivions corps et âmes dans leurs délires spirituellement commercial. Mais tout cela n’était possible qu’à une seule condition : payer à l’avance ! Et si vous n’aviez pas atteint ce qu’ils vous promettaient, alors vous étiez tous simplement « pas prêt » voir « pas l’élu » ou alors c’est qu’il fallait encore quelques séminaires à 2’000 USD pour peut-être y arriver un jour. Mais encore une fois, ces gurus (venant de tout horizon) ne nous garantissaient rien mise à part un peu moins d’argent sur notre compte et encore plus de confusion sur nous-mêmes !

De par mon expérience, je ne peux qu’affirmer que ces belles promesses d’un « quelque chose de mieux à atteindre ailleurs » incitent chez les futurs « élus » à détourner leurs regards vers un idéal pseudo-spirituel fait de toute pièce nécessitant volontairement la mise à l’écart de tous ce qui est dérangeant dans la réalité de la vie. De ce fait, l’individu qui s’embarque sur ces chemins se retrouve d’une part automatiquement rabaissé du fait qu’il n’a pas encore atteint les prétendues réalisations du « pseudo-maître » – il arrive d’ailleurs que l’on vous le face bien comprendre – puis d’autre part il s’opère une sorte de réfutation du monde dans lequel l’individu vit pour préférer un monde de chimère inventé et maîtrisé par le guru.
Ces « pseudo-enseignements » étaient donc une excellente manière de fuir la réalité pour quelque chose de meilleur « ailleurs » et donc de ne pas se mesurer aux exigences de la vie en allant les confronter une fois pour toute dans un face à face avec soi-même, pour ainsi prendre connaissance de sa propre réalité individuelle de manière claire et distincte. En d’autres termes, il s’agit d’être honnête avec soi-même et d’accepter la réalité telle qu’elle se présente en l’accueillant avec bienveillance et dans le calme. Ce regard sage ou cette mise à nue du moi n’est pas toujours très agréable : la vérité est difficile à accepter et c’est probablement la raison pour laquelle nous ne voulons peut-être pas l’entrevoir ou nous diriger vers elle. Une certaine forme d’audace est donc requise pour oser se rencontrer. Cette démarche renvoi au « Connais-toi toi-même » de Socrate que j’ai découvert dans le dialogue philosophique avec mon maître.

Suite à mes expériences « new age » décevantes, je me suis orienté vers l’étude du bouddhisme tibétain Mahayana en continuant à pratiquer les techniques de méditations des traditions du bouddhisme Theravada. J’ai eu l’occasion de rencontrer des maîtres digne d’une sagesse quasi inébranlable qui transmettaient des enseignements qui tenaient la route et d’une profondeur qui surpassait largement ceux que j’avais côtoyés chez certain pseudo guide new age. Il n’est pas des plus aisés de trouver rapidement la voie qui nous convienne et cela doit inévitablement passer par des expériences contraignantes pour continuer son cheminement dans la bonne direction. Elles ne sont pas à proprement négatives car nous pensons qu’une expérience est toujours une expérience singulière et qu’il n’y a pas à exprimer un jugement moral sur celle-ci puisqu’elle est toujours une source de connaissance dans la réalisation de soi.